Je m’appelle Yvette Aubert, je suis née en 1932 à Paris dans XVe arrondissement et j’ai grandi dans une famille active du XIIe arrondissement. J’ai commencé à travailler dans une entreprise qui à l’époque s’appelleit Rhône-Poulenc. En suivant leur filière de cours spécialisés, je suis devenue responsable d’es achats de matières premières destinées aux usines du groupe. J’ai travaillé très longtemps chez eux, c’est devenu Sanofi aujourd’hui.

René Aubert. Photo : Y. Aubert

Je me suis mariée à 20 ans, en 1952, à Paris, avec René, un jeune homme que je connaissais parce qu’il faisait parti comme moi d’un patronage du XIIe, Le Chantier, qui s’occupait de tous les enfants du XIIe, quand c’était pas la banlieue. C’était dirigé par un prêtre qui curieusement s’appelait Jean Labbé. On faisait tous du sport, de la musique, du théâtre, on chantait à la chorale. On habitait côté à côte avec mon futur mari. On se connaissait depuis tout petits. On vivait dans la même rue, la rue Ledru-Rollin. On jouait dans la rue. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés. On s’est toujours plu. Il était très organisateur, très actif, il faisait beaucoup de sport, il y avait beaucoup de courses dans le quartier auxquelles il participait. On aidait les enfants à faire leurs devoirs du soir, tout le monde connaissait Le Chantier, on éditait même un petit journal.

René et Yvette Aubert le jour de leur mariage. Photo : Y. Aubert

Mon mari a du faire son service militaire. 18 mois en Allemagne. L’année d’après on a eu une petite fille, Catherine. À son retour on a commencé à entendre les prémices de ce qui sera la guerre d’Algérie et qui allait empoisonner la vie des jeunes d’alors. Mon mari, même père d’une petite fille, a été rappelé en 1956.
J’étais bien sûr très triste de le voir partir, on se demande toujours ce qui va se passer. C’était assez dur, très dur même. Mais j’étais pas la seule, il y avait quand même beaucoup de jeune sfemmes qui voyaient leur mari, leur fiancé ou leur compagnon partir. L’ambiance était assez triste.
Basé à Versailles quelques temps, rené est vite parti ensuite. Ils se sont arrêtés à Marseille puis, là, ils ont été dispatchés. René a été envoyé à Tipaza, une ville fortifié par Vauban au 5e Génie. La vie était assez difficile, l’armée payait très maigrement, moi de mon côté je travaillais donc ça pouvait encore aller. Et j’avais mes parents et beaux-parents. C’était pas comme certaines qui étaient dans une situation beaucoup plus difficile.
En tant que rappelé, René était parti pour six mois. Il m’écrivait tous les jours. J’ai une boîte de lettres grande comme ça. Je les ai toutes gardé pour sa fille, si jamais un jour elle veut les lire. On était bien chagrinés, il ne voyait pas sa fille grandir, et surtout il ne voyait pas d’issue aux combats là bas, sur place. C’était très difficile sur le plan moral. Il partait souvent en mission. Il ne me disait pas tout dans le courrier, mais il en parlait quand même un peu. Même s’il était dans le génie, il devait aller sur le terrain, réparer les ponts, etc. Pour que les troupes puissent avancer.
Ils s’entendaient bien avec les Algériens. Il partageait sa «gamelle» avec eux qui parfois n’avaient pas grand-chose pour se nourrir. Il savait bien qu’ils n’appartenaient pas tous au FLN.
C’était pas dans ses gènes d’être soldat et de se battre.
Il est rentré avec son groupe, à la gare de Lyon, où chacun s’est dit au revoir, ils se sont échangés leurs adresses. Puis il a repris son travail. Il était ébeniste d’art faubourg saint-Antoine. Il avait passé son CAP. Le patron chez qui il travaillait avant de partir en Algérie l’a repris. On a pu reprendre notre vie de couple, ça s’est très bien passé. Mais cette année 1956 a vraiment été très difficile.
René s’informait alors tout le temps sur la guerre d’Algérie, il voulait savoir comment les choses s’orientaient, comment ça allait se finir.

Un jour, un ami nous a parlé de la FNACA et René a voulu faire quelque chose pour aider les autres copains, il s’est inscrit tout de suite comme adhérent et il a essayé de faire connaitre la FNACA. C’est à cette époque qu’on a crée le comité du XIIe. On s’est faits beaucoup d’amis grace aux permanences, aux réunions, aux banquets, aux assemblées générales. Il a été président du comité, on faisait beaucoup de réunions d’information, parce que les gens ne connaissaient pas leurs droits. Alors mon mari les informait…
Malheureusement René est mort en 1974, d’une hémorragie cérébrale. Il avait 42 ans.

Enregistré en octobre 2021

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